06/02/2010

GARCIA, LE ZORRO DES LOCATAIRES

 

Garcia, le Zorro des locataires

FABRICE VOOGT

vendredi 05 février 2010, 09:51

Bruxelles. José Garcia invite la Région et Christos Doulkeridis (Logement, Ecolo) à prendre des mesures fiscales pour lutter contre la cherté des loyers. Selon lui, la création de logements sociaux n'est qu'une réponse symbolique à la crise du logement.

 

Les responsables politiques bruxellois ont-ils réellement la volonté de résoudre la crise du logement ? C'est la question essentielle que se pose Jose Garcia, le secrétaire général du Syndicat des locataires. Selon lui, la réponse est clairement non. Tant le plan 5.000 logements de la Région que le plan 1.000 logements de la Ville ne seraient que de la poudre aux yeux et en aucun cas des mesures déterminantes pour répondre à la demande de logement, qu'il soit social ou pas.

Vous êtes généralement critique sur la politique menée à Bruxelles en matière de logement. Où se situerait l'erreur ?

Nos dirigeants politiques se trompent en voulant résoudre un problème important en se limitant à leur domaine de compétence stricte, à savoir le logement social. Le logement est en fait une compétence presque exclusivement fédérale Pourtant, dans les Régions, les programmes politiques foisonnent. Or, quand on analyse la situation, on se rend compte que 92 % des rapports locataire/propriétaire se font entre des locataires privés et des locataires privés et que cette réglementation est de niveau fédéral. Le principal problème concerne la disproportion entre le montant du loyer et le revenu des locataires. Et on nous dit qu'on va résoudre la problématique du logement au niveau de la Région… Et que fait la Région ? Elle construit du logement social. Or on sait très bien que répondre à la demande en accroissant l'offre de logement social comme on le fait prendra entre 50 et 60 ans. C'est le signal que l'on veut lancer au secrétaire d'Etat en charge du logement, Christos Doulkeridis (Ecolo) : on attend encore un demi-siècle ou on s'attaque au vrai problème, à savoir le décalage entre la cherté des loyaux et les revenus de gens ?

Qu'attendez-vous du fédéral ?

Qu'il bloque les loyers et, ensuite, les objective. Ensuite, pour ceux qui n'ont pas les moyens, on peut donner une allocation loyer qui compense la différence entre le prix objectif du loyer et la capacité contributive du locataire.

Revenons à la Région. Quelles sont ses armes ?

La Région a une compétence fiscale en matière immobilière et peut donc agir dès aujourd'hui, sans attendre la régionalisation complète du bail. Elle a, là, un boulevard pour agir dès aujourd'hui. Elle pourrait faire très mal aux bailleurs qui demandent des loyers très élevés. Comment ? En les taxant de telle manière qu'ils soient amenés à les baisser.

Votre message serait : « On n'a pas besoin de logement social, mais de logement moins cher » ?

Je dirais qu'on n'a pas nécessairement besoin de logement social mais de logement moins cher, et là, il n'y a rien à faire, il faut s'attaquer au marché locatif privé.

Tout en terminant le plan de 5.000 logements de Françoise Dupuis ?

Je l'espère. L'action sur le privé, qui est incontournable, ne doit pas nous faire oublier que nous sommes dans un système d'économie de marché. Une chose qui est acceptée par tous, y compris par les capitalistes, c'est qu'une action sur l'offre publique peut avoir des répercussions sur le montant des loyers. Le problème, c'est que c'est un mécanisme à long terme. Le politique a été élu pour trouver des solutions à court terme, de préférence en une législature. Même si la Région arrivait à construire ses 5.000 logements sociaux (NDLR : on en est à 211 logements sociaux), on est loin des 32.000 demandes. C'est une cécité politique de faire croire qu'il n'y a pas d'autres moyens pour résoudre le problème que d'augmenter l'offre alors que la solution, s'il y a une vraie volonté de l'apporter, est ailleurs.

Du côté de la Ville, on se gargarise d'aller plus vite que la Région, avec le plan 1.000 logements.

A une plus petite échelle, c'est le même mensonge : 1.000 logements ne résoudront pas le problème. En plus, il ne s'agit pas de logement social alors que la demande, sur cette commune, doit avoisiner les 8.000 unités. Une véritable politique de gauche serait de socialiser le parc immobilier de la Régie et du CPAS, au lieu de tenter de socialiser le marché.

C'est quoi, un manque de conviction politique ?

Je ne vois pas d'autres explications qu'un manque de volonté et de conviction. Il faudrait poser la question à ceux qui ont la gestion de ces parcs immobiliers, Mohamed Ouriaghli et Yvan Mayeur, deux socialistes. On veut nous faire croire que s'attaquer à l'offre de logement va résoudre les problèmes. C'est illusoire. Tant mieux s'ils arrivent à 1.000. Je ne veux pas jeter le bébé avec l'eau du bain. J'applaudis aux 1.000 logements, mais cela ne résoudra pas le problème.

Réussir son programme, en la circonstance, ne servirait qu'à assurer sa réélection ?

C'est clair. C'est de la poudre aux yeux. Cela sert plus à désorienter l'opinion et les journalistes qu'à résoudre un problème. On multiplie les expériences pour arriver à faire croire que l'on est sur la bonne voie. C'est faux.

Quand on voit les difficultés rencontrées par Françoise Dupuis notamment, qui s'est heurtée à l'effet nimby, ne pensez-vous pas que votre proposition, de taxer les loyers à Bruxelles et/ou de les bloquer au fédéral, puisse susciter encore davantage de crispation ?

A Bruxelles, il y a plus de locataires que de propriétaires. L'archétype du Bruxellois peut accepter cette proposition. La grande masse des propriétaires, soit environ 80 %, est propriétaires occupants et n'ont donc rien à voir avec cette problématique. Ils n'ont qu'un bien qu'ils occupent. La proposition la plus révolutionnaire du monde ne concernerait donc pas 8 propriétaires sur 10. Le nombre de bailleurs est infinitésimal. Pour une fois que le politique peut mener une politique sociale, il a peur de cette fraction infime de propriétaire qui ont un bien qu'ils louent.

Même électoralement ce serait rentable ?

Évidemment.

Cela signifie-t-il que le politique est déconnecté de la réalité ? Que, pour simplifier, sa sphère de connaissances et d'intérêts se compose d'une grande frange de propriétaires loueurs, dont il subirait les pressions ?

C'est une question fondamentale. Qu'est-ce qui fait qu'un politique, alors que la rentabilité devrait l'inciter à agir pour les locataires et non pour les propriétaires bailleurs, ne prend pas de mesures en faveur des locataires ? En fait, beaucoup de politiques et de professeurs d'université qui font des beaux discours sur le logement, sont des propriétaires de biens qu'ils louent. Il faudrait poser la question de savoir combien de parlementaires sont locataires. Il ne doit pas y en avoir plus d'un pour cent. Ensuite, il y a le poids idéologique de la propriété. Il y a une confusion à ce niveau. Certes, la Constitution belge reconnaît le droit de propriété. Cela ne signifie pas que chacun a droit à une propriété, mais qu'on ne peut pas la prendre n'importe comment.

 

 

14:30 Écrit par SYNDICAT DES LOCATAIRES 02/522 98 69 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : syndicat des locataires, jose garcia, fabrice voogt |  Facebook |